Cet été, descendez de la Côte Rouge vers la promenade du Lohic. À vos pieds, le long du sable, vous longerez un ruban de débris laissé par la marée : algues séchées, bois flotté, coquillages et mues de crabe. On appelle ça la laisse de mer. Elle marque la limite atteinte par la dernière pleine mer, et on la retrouve sur toutes nos plages, du Lohic à l’anse de Kerzo.
Ce dépôt ressemble à un résidu qu’on aurait oublié de ramasser. C’est en réalité l’un des milieux les plus vivants du littoral port-louisien.
Un garde-manger pour les oiseaux
En se décomposant, les algues nourrissent puces de mer, petits crustacés et insectes. Ces minuscules habitants attirent à leur tour les oiseaux du rivage, qui viennent fouiller le sable à marée basse : tournepierres, bécasseaux, huîtriers-pies. Le grand gravelot, lui, pond à même la plage et cache ses oeufs entre les galets et les algues sèches. Un cordon de laisse de mer piétiné ou raclé, c’est un repas et parfois un nid en moins.
Un rempart naturel contre l’érosion
En s’accumulant en haut de plage, la laisse de mer freine les vagues et retient le sable. La matière qu’elle libère en se décomposant aide les plantes du littoral à s’installer, et leurs racines fixent la dune. Sur une presqu’île d’à peine un kilomètre carré, exposée aux coups de vent et aux grandes marées, ce rôle protecteur compte pour beaucoup.
Une plage qui nourrit la mer
À marée haute, l’eau reprend une partie de ces débris et les redistribue. Ils enrichissent les fonds et nourrissent poissons et coquillages. La richesse de la Petite Mer de Gâvres, où l’on pêche encore à pied, palourdes et coques, tient en partie à cet équilibre.
Cet équilibre, Port-Louis le protège avec ses voisines. Depuis 2017, la commune partage avec Gâvres et Riantec le label « Petite Mer Nature », pensé pour faire connaître la valeur écologique de ce coin de côte. L’Observatoire du plancton, installé à Port-Louis, étudie de son côté ce que la laisse de mer abrite de plus discret.
Reste un point qui demande l’attention de chacun. Aux débris naturels se mêlent souvent des déchets : bouteilles, mégots, et surtout du matériel de pêche (fils, leurres, sacs) ou des plastiques charriés par la rade vers la grève de la Brèche. Ceux-là mettent des dizaines, parfois des centaines d’années à disparaître, et les oiseaux comme les poissons les confondent avec de la nourriture.
Le bon geste tient en une image : ramasser à la main ce qui vient de l’homme, laisser sur place ce que la mer a déposé. Les déchets récupérés sont à déposer dans les bacs à marée, au Lohic et à l’anse de Kerzo, installés pour recueillir ce que la mer rejette après les gros coups de vent. Le ratissage mécanique emporte tout sur son passage, sable, petite faune et algues comprises, et laisse une plage propre en apparence mais appauvrie.
C’est pourquoi la commune a décidé de ne pas remplacer la cribleuse. Un ramassage manuel sera effectué.
Une signalétique est installée sur les principaux sites pour vous informer. En attendant, la prochaine fois que vous marcherez du côté du Lohic ou de la Côte Rouge, baissez les yeux avant d’avoir les pieds dans l’eau. Ce ruban d’algues que l’on enjambe sans le voir fait partie, au même titre que les remparts ou la Citadelle, de ce qui fait la vie de Port-Louis.
